École en santé

 

Histoire et contexte actuel

Depuis les années 1980 : Un courant international 1995-2000 : Contexte favorable au développement d’une approche globale de la santé au Québec
2000-2003 : Élaboration de l’approche École en santé au Québec 2004-2009 : Mise en œuvre, soutien et évaluation
Une mosaïque d’approches

Depuis les années 80 : un courant international

L’AÉS s’inscrit dans un courant international de recherche, d’expérimentation et d’évaluation autour d’approches globales de promotion et de prévention en milieu scolaire.

Depuis les années 1980, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) ainsi que de nombreux organismes nationaux comme les Centers for Disease Control and Prevention aux États-Unis (CDC), le Réseau européen des écoles en santé, l’Association australienne des écoles en santé proposent des approches globales de promotion et de prévention en milieu scolaire comprenant un ensemble coordonné d’interventions visant à la fois le jeune et son environnement.

Au Canada, l’approche globale de la santé en milieu scolaire mobilise de nombreuses instances tant au niveau fédéral qu’aux niveaux territorial et provincial, que ce soit par l’entremise du Consortium conjoint pour les écoles en santé (JCSH/CCES) ou de l’Association canadienne des écoles en santé (CASH/ACES).

1995-2000 Contexte favorable au développement d’une approche globale de la santé au Québec

États généraux sur l’éducation

Un vaste débat public sur l’éducation au Québec a fait l’objet des États généraux sur l’éducation (1995-1997), lesquels ont ouvert la voie à de nombreux changements au niveau des structures, des programmes et des ententes de services au sein du réseau de l’éducation. Le réseau de la santé, de par ses responsabilités et ses services en milieu scolaire, a été interpellé au premier rang des acteurs concernés par ces changements.

Travaux sur les compétences essentielles liées à la santé et au bien-être

À cet égard, des travaux conjoints entre le réseau de l’éducation et le réseau de la santé et des services sociaux (Arcand et al., 1998) ont permis d’identifier des compétences à développer en matière de santé. Ces travaux soutenaient la nécessité de travailler davantage en complémentarité pour permettre aux jeunes d’acquérir les compétences essentielles tant pour la réussite éducative que pour la santé et le bien-être. Ces compétences avaient trait notamment à la résolution de problèmes, à la communication, à la prise de décision, à la gestion du stress, à l’habileté à se fixer des buts et à les atteindre, au règlement de conflits. On misait ainsi sur le développement de compétences plutôt que sur la transmission de connaissances seulement.

On souhaitait agir également de façon globale sur plusieurs déterminants de la santé et de la réussite éducative en comptant sur diverses stratégies qui parient sur l’importance du contexte social et familial dans lequel évoluent les jeunes.

Renouveau pédagogique

C’est à travers le renouveau pédagogique mis en place dans le réseau de l’éducation que de nouvelles façons de faire se concrétisent par, entre autres, la mise en œuvre du Programme de formation de l’école québécoise (PFÉQ) et du Cadre de référence sur les services éducatifs complémentaires (SÉC).

Le PFÉQ propose :

  • L’intégration de l’ensemble des disciplines (ex. : mathématique, science et technologie, arts, développement personnel) dans un tout harmonisé, axé sur les grandes problématiques de la vie contemporaine;
  • Des intentions éducatives liées à cinq domaines généraux de formation (santé et bien-être, orientation et entrepreneuriat, environnement et consommation, médias, vivre-ensemble et citoyenneté);
  • Des contextes d’apprentissage signifiants pour l’élève.

Comme le stipule le PFÉQ, l’objectif est d’amener les élèves à établir des liens entre leurs apprentissages scolaires, les situations de leur vie quotidienne et les phénomènes sociaux actuels. Le PFÉQ vise à ce que l’élève construise sa vision du monde, structure son identité et développe son pouvoir d’action. Ces visées nécessitent le recours à une pédagogie des situations axée sur l’implication et la participation de l’élève. Celle-ci remet en question à la fois le rôle de l’élève et de l’enseignant et tente de faire échec à la démotivation et au décrochage scolaire en donnant plus de sens aux apprentissages. Une pédagogie plus centrée sur l’apprenant, qui vise la formation de la pensée et le développement de compétences, nécessite le renouvellement de pratiques professionnelles telles que l’accompagnement des élèves et la collégialité entre les intervenants (Ministère de l'Éducation, 2001; Ministère de l’Éducation, du Loisir et du Sport, 2007b)

Par ailleurs, le cadre de référence sur les services éducatifs complémentaires vise :

  • Des services plus intégrés dans l’école;
  • Une plus grande collégialité entre les membres du personnel;
  • Une collaboration entre l’école, les parents et les partenaires, incluant ceux du réseau de la santé et des services sociaux;
  • Une ouverture sur la communauté.

Cette façon de faire permet de recentrer l’importance du travail en collégialité de la part de tous les intervenants qui gravitent autour de l’élève afin d’augmenter la cohérence en ce qui concerne la continuité et la complémentarité des interventions (Ministère de l'Éducation, 2002).

La façon globale et concertée d’aborder la santé et le bien-être fait partie de ce renouveau pédagogique qui réaffirme que l’école a un rôle à jouer relativement à la santé et au bien-être des élèves.

2000-2004 Élaboration de l’approche École en santé au Québec

L’Entente de complémentarité MSSS-MELS

En 2003, les deux ministères ont signé une entente de complémentarité des services visant la santé et le bien-être des jeunes ainsi que leur réussite éducative. Cette entente, intitulée Deux réseaux, un objectif : le développement des jeunes (Ministère de l'Éducation & ministère de la Santé et des Services sociaux, 2003), s’applique à tous les jeunes de 5 à 18 ans (ou de 4 à 21 ans dans le cas des personnes handicapées) qui fréquentent les écoles publiques et privées de l’éducation préscolaire et de l’enseignement primaire et secondaire.

Trois axes d’intervention sont pris en compte dans l’entente de complémentarité :

  • La promotion de la santé et du bien-être et la prévention;
  • Les services aux jeunes en difficulté;
  • Les services aux jeunes handicapés.

Cette entente vise à promouvoir une vision commune et globale des besoins des jeunes et de leur famille et de préciser les responsabilités des acteurs dans une perspective de continuité et de coordination des actions.

L’AÉS : une avenue novatrice pour déployer des pratiques efficaces

L’AÉS est envisagée comme une avenue novatrice permettant de favoriser la complémentarité, la cohérence et l’efficacité des interventions de promotion de la santé et de prévention en contexte scolaire. L’AÉS est conçue de façon à pallier les limites observées quant à l’intervention de promotion et de prévention en contexte scolaire dispensée jusqu'à maintenant, notamment :

  • La fragmentation, le morcellement et le manque d’intégration des interventions et des services destinés aux jeunes et à leur famille ainsi que le manque de concertation entre les différents acteurs auprès des jeunes;
  • Les interventions sont morcelées en autant d’actions qu’il existe de problématiques. Elles sont insuffisamment coordonnées et planifiées en concertation, ce qui conduit trop souvent à un dédoublement des efforts investis et à un manque de complémentarité et de cohérence des interventions. Dans ce contexte, les intervenants ont le sentiment que les bénéfices de leurs actions ne sont pas toujours tangibles et ils connaissent ainsi à l’occasion un certain essoufflement;
  • Un recours presque exclusif aux stratégies individuelles;
  • Les interventions s’adressent davantage aux jeunes et trop peu à leur environnement;
  • Elles misent surtout sur des stratégies individuelles alors que celles ciblant plusieurs niveaux (individus, environnements) sont reconnues les plus efficaces pour favoriser la réussite, la santé et le bien-être;
  • Un accent substantiel est porté sur la transmission des connaissances, mais insuffisant sur le développement des compétences des jeunes induisant le changement de leurs attitudes et comportements. Dans un modèle de transmission de connaissances, les résultats se limitent à l’acquisition de savoirs ponctuels et très peu de savoir-faire, de savoir-être et de savoir-agir sont développés. Ce modèle suscite peu de réinvestissement et de transferts des apprentissages de la part des élèves dans leur quotidien;
  • La difficulté de traduire les connaissances dans l’intervention. Malgré le souci des intervenants d’agir adéquatement, peu d’entre eux ont le temps de consulter régulièrement la littérature sur les interventions efficaces. Ceci peut entraîner une faible utilisation des connaissances scientifiques liées au contenu des interventions et des critères d’efficacité de celles-ci. De plus, il existe une certaine difficulté, pour les intervenants du milieu de la santé, de traduire leurs interventions dans une perspective éducative de développement de compétences, telle que véhiculée par le renouveau pédagogique en vigueur dans le réseau de l’éducation québécois.

Le déploiement de pratiques efficaces par le biais de l’AÉS est accessible à toutes les écoles primaires et secondaires du Québec depuis 2004. En mars 2009, 35 % des écoles déclaraient avoir adopté l’AÉS.

Parution du guide sur l’approche École en santé

Un guide sur l’approche École en santé à l’intention du milieu scolaire et de ses partenaires est élaboré grâce à la collaboration de l’Institut national de santé publique du Québec, du ministère de l’Éducation, du Loisir et du Sport (MELS), du ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) et de l’Association québécoise d’établissements de santé et de services sociaux afin de soutenir les différents acteurs concernés (Comité national d'orientation École en santé, 2005).

Par ailleurs, l’approche École en santé se retrouve parmi les cibles du Programme national de santé publique du Québec (PNSP) (Ministère de la Santé et des Services sociaux, 2003). Elle fait également partie des priorités que se sont données les deux ministères dans leur planification stratégique

2004-2009 Mise en œuvre, soutien et évaluation

Un réseau de répondants régionaux École en santé provenant des directions de santé publique et des directions régionales du MELS s’est constitué afin de soutenir le déploiement de pratiques efficaces de promotion et de prévention en contexte scolaire.

Des accompagnateurs provenant des commissions scolaires et des Centres de santé et de services sociaux (CSSS) de chaque région ont été désignés et formés afin d’accompagner les écoles à s’approprier à son tour l’AÉS et à la mettre en œuvre. Ces accompagnateurs sont des infirmières, travailleurs sociaux, organisateurs communautaires ou nutritionnistes (CSSS) et des conseillers pédagogiques, éducateurs spécialisés ou psychologues (commissions scolaires).

L’équipe nationale de formation de l’INSPQ a dispensé de nombreuses activités de formation dans toutes les régions du Québec afin de permettre une appropriation des principales composantes de l’AÉS, dans une perspective de rapprochement et de concertation étroite entre les intervenants et les gestionnaires des réseaux de l’éducation et de la santé.

Divers outils ont été élaborés ou sont en voie d’élaboration par l’équipe de l’INSPQ.

Et enfin, une équipe de recherche de l’INSPQ a mis au point une démarche d’évaluation de l’implantation d’approches globales en promotion de la santé à base scolaire en collaboration avec les universités et les ministères concernés par l’AÉS au Québec.

Une mosaïque d’approches

Différentes approches, politiques ou programmes visent elles aussi le développement optimal des jeunes, parfois avec des fondements communs et plus souvent selon un angle spécifique ou aborde une thématique particulière. Par exemple :

Le défi actuel et à venir consiste à mieux articuler les approches dans l’école de sorte à assurer leur cohérence et leur complémentarité et éviter les redondances. Ces approches doivent soutenir la mission fondamentale de l’école qui est d’instruire, de qualifier et de socialiser. Des efforts en vue de leur arrimage sont actuellement déployés dans l’ensemble des écoles québécoises notamment dans les écoles engagées dans une démarche d’École en santé.